Avis: Tour de France : Tim Declercq, le cauchemar des échappés – Tour de France

Si vous regardez avec assiduité le (parfois morne) début des étapes de plaine du Tour de France, vous n’avez pas pu manquer Tim Declercq. Une grande carcasse (1,90 m, 78 kg), jamais aussi heureuse que lorsqu’elle écrase ses pédales pour imprimer le rythme en tête de peloton. À 31 ans, tel est le rôle de Declercq dans l’équipe Deceuninck-Quick Step. Sam Bennett sprinte et le Belge « tue » les échappées.

Mercredi, pendant la 11e étape vers Poitiers, les hommes de Patrick Lefevere ont pris 70 % des relais en tête de peloton derrière Matthieu Ladagnous sur la première moitié de l’étape, sous l’impulsion de Declercq. Surnommé « le Tracteur », il a empêché le Palois de prendre le large pour finalement le faucher comme un épi de blé à 43 kilomètres de la ligne.

Une « partie de poker » en tête de peloton

« Physiquement, je suis capable de faire de très longs efforts mais avec peu d’intensité. Quand tu as de telles qualités, tu es un… grimpeur. Mais je suis trop lourd pour être un grimpeur évidemment ! Donc la seule solution pour moi, c’est de faire ce travail spécifique en tête du peloton », racontait Declercq, qui dispute son deuxième Tour, à la RTBF en juin.

Chez Quick-Step, il a remplacé un autre chasseur d’échappées, Julien Vermote, qui a quitté la maison bleue en 2017. Dans une équipe qui empile les victoires (68 l’an passé), le « Tracteur » accepte sans sourciller son rôle parfois ingrat. « Dans le vélo, je suis un défenseur. Mais quand tu es défenseur dans la meilleure équipe du monde c’est parfait », expliquait Declercq à la RTBF.

Si de l’extérieur, sa tâche semble quasi-robotique, écraser ses pédales jusqu’au dernier souffle de l’échappée, le travail du natif de Louvain est plus complexe, fruit d’un jeu d’influence en tête de peloton. « Personne ne veut être le premier à rouler. Si tu commences, tu dois continuer jusqu’à la fin et les autres peuvent profiter de ton travail. Ce serait plus facile si chaque équipe avait un gars à l’avant (du peloton). Mais c’est toujours une partie de poker », déclarait Declercq à Cyclingpub en janvier 2019.

Aucune victoire en carrière

Accaparé par ce travail de l’ombre, le grand Belge n’a pas l’occasion de s’occuper d’un compteur de victoires personnelles désespérément bloqué à zéro (si on enlève son titre chez les espoirs belges). Mais le « Tracteur » ne désespère pas. « Avant la fin de ma carrière, j’espère qu’il me sera possible de gagner », confiait-il à la RTBF.

L’exemple de son coéquipier Dries Devenyns, vainqueur sur la Cadel Evans Great Ocean Road en février après trois ans et demi sans lever les bras, l’a sans doute inspiré. Cinquième du Nieuwsblad en début d’année, Declercq a d’ailleurs montré qu’il pouvait être dangereux sur les classiques.

Si son palmarès reste vierge, le Belge a quand même reçu quelques récompenses et une petite renommée dans le monde du vélo. En avril, il a été élu meilleur équipier par Cyclingnews après un sondage auprès des coureurs. Avec 29 voix, il a devancé de peu Luke Rowe (Ineos Grenadiers, 27). Cette distinction rejoint ses deux titres de meilleur équipier belge (2018, 2019). Un titre joliment baptisé « la Goutte de sueur de cristal ».

En route vers un premier maillot vert sur le Tour de France après le déclassement de Peter Sagan mercredi, Sam Bennett glissera sans doute un mot de remerciement dans les roues du « Tracteur » Declercq, indispensable travailleur de l’ombre sur cette Grande Boucle.